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XAVIER ESCRIBA
" Je cesse de dessiner, écrit
Xavier Escribà au début des années 90, je cesse d'exister,
je continue de peindre. " La pratique picturale de Xavier Escribà
est marquée par une succession d'abandons. Le peintre peu à
peu a choisi de se retirer du tableau, de " réduire au minimum
les possibles et arbitraires décisions d'ordre romantique "
pour laisser la peinture exister seule. La personnalité de l'artiste
ne doit pas s'interposer entre l'œuvre et le spectateur. Ce qui peut
être de l'ordre d'une signature singulière est abandonné
: la figure tout d'abord mais aussi le dessin, le geste, quitte à
" ne pas montrer tout ce que l'on sait ou peut faire ".
De la peinture, Escribà ne garde que ce qu'il juge essentiel :
la matière, en superposition de couches épaisses, jusqu'à
former une " peau " qu'il pourra retravailler à sa guise
; la couleur, six couleurs, essentielles, gamme contrastée de primaires
et secondaires.
Xavier Escribà inverse les polarités, contredit les hiérarchies
traditionnelles. Il oublie le geste du peintre, dépose, superpose
les couches de couleurs acryliques, puis gratte, creuse, redécouvre
la toile jusqu'à la trouer parfois. Récupère les
reliquats de ces grattages, coquillages de couleur, les accumule pour
créer un autre objet. " Qu'est ce qui est le plus important
: peinture appliquée ou récupérée ? "
Xavier Escribà veut " connaître et faire connaître
ce qu'il y a derrière les choses ", la " face occulte
de la peinture ". L'intérieur devient aussi important que
la surface, l'envers que l'endroit, le dessous que le dessus. Quand "
la toile ne recueille pas la peinture la peinture recueille la toile ".
Xavier Escribà prend cet objet, cette " peau " de toile
et de peinture, le découpe, le plie, l'enroule. La peinture traverse
le seuil de la sculpture. L'artiste préfère le terme d'
" objet pictural " plus apte à rendre compte de ces productions
à mi chemin entre peinture et sculpture.
On a dit et redit que tout avait été fait en peinture. Xavier
Escribà est de ces jeunes peintres qui trouvent encore une manière
propre de porter la peinture jusqu'à ses dernières conséquences,
pour approcher les limites de la forme picturale contemporaine. Jusqu'à
" se rendre compte, avec une grande surprise, que finalement il y
a de la peinture là où on ne croyait pas en voir".
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