Chaque tableau de Gilles Olry est un manifeste en faveur de
l’impureté et du métissage. Il pratique une peinture hétérogène faite de
collages et d’assemblages, le tableau est un carrefour de citations et de
genres, un alliage de styles et de références; mélange d’expressionnisme, d’art
brut de peinture naïve, d’art abstrait.
Toutes les techniques, croquis, griffonage, dessin et
peinture, sont exploitées et doivent être considérées dans leur équivalence et
leur simultanéité.
Cette esthétique de la légèreté et de la spontanéité cultive avec ironie une
sorte de primitivisme qui vise à s’opposer aux conventions académiques et au
manièrisme de l’art minimal ou conceptuel.
Gilles Olry nous livre une iconographie sans hiérarchie,
déréglée, tourmentée, dans des compositions discontinues qui combinent une
multitude de signes épars, contradictoires, déclenchant des évènements en
chaîne, comme une mise en scène complexe de la pensée et du rapport à la
réalité.
Comment ne pas penser à la psychanalyse et aux sciences sociales, tant le
rapport à l’autre, au désir et au réel est explicite à travers cet imaginaire
sauvage où le langage est toujours sous-jacent.
Sous la forme “d’une prolifération jubilatoire de méchantes
absurdités” comme le dit l’artiste lui-même, nous voyons poindre un univers de
métaphores, de connotations, de souvenirs personnels, de lapsus, de jeux, de
flâneries. Constamment subvertir, transformer le point de vue de l’observateur
et se surprendre soi-même. C’est une création qui ne cesse d’inventer, d’expérimenter,
cette pensée génère sa propre liberté dans chaque instant de passage et nous la
fait partager dans un sentiment d’excitation.
Madeleine Raynal