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DANIEL DEJEAN
Tous les tableaux de
Déjean sont des collages, des combinaisons dirait Rauschenberg,
de morceaux de peintures. Leurs sources sont très variées
( par exemple, depuis 1993, des peintures sur des sacs plastiques glanés
lors de voyages aux États-Unis ou ailleurs, qu'il , complète,
caricature, améliore ou reproduit), leur matérialité
très variable (aplat de couleur, toutes sortes d'abstractions possibles,
mais aussi dessins, études de corps, caricatures,...) et leur enchevêtrement
( superpositions, découpes, transferts) parait inextricable.
Comme des rébus foisonnants, les tableaux de Déjean proposent
l'éclatement d'une vision centrée au profit de multiple
incidents, de coexistences ni pacifiques, ni belliqueuses, mais simplement
indifférentes d'événements, de personnages, de vues
extérieures (paysages) et de visions intérieures, privées,
intimes, rêvées et fantasmées. De sorte que chaque
spectateur ne sait plus très bien ou donner de la tête, tant
son regard est sollicité de toute part par des images hétéroclites
souvent contradictoires. Dans ses tableaux il est ainsi possible de voir
à travers les murs,dedans et dehors à la fois, mais aussi
le dessus et le dessous (les canalisations), une chose et son contraire
( la pluie et les nuages en creux dans le ciel). 0n connaît la capacité
illusoire de la peinture de puis son origine, les fameux raisins de Zeuxis.
La version qu'en propose Déjean est celle d'un après, d'une
époque où toutes les illusions - et leur contraire - sont
disponibles, mais sans cohérence,sans vision d'ensemble, et dans
l'indifférence générale.
La plupart des tableaux sont
peuplés de personnages. Souvent seuls (les femmes semblent particulièrement
désœuvrées), quelquefois en couple (ils discutent,s'embrassent,
se disputent ou cohabitent côte à côte), ils s'activent
parfois, mais s'ennuient la plupart du temps.
Dans plusieurs tableaux, un écran de télévision diffuse
des images, des ondes lumineuses et colorées. C'est lui, aujourd'hui,
la fenêtre perpétuellement ouverte sur le monde, et le courant
d'air (tiède) est continu.
Les avions volent, les informations circulent, les eaux usées s'écoulent,
les images s'accumulent en montagnes, le temps passe, la pluie tombe...
et toujours la même et pesante solitude.
Yannick Milou
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