MARTINE BELUET


Exposition du 17 juin au 30 juillet 2005
GM Galerie - Montpellier


La question du paysage comme lieu de la mise en forme du réel

Martine Beluet, à travers le médium "photographie" saisit des paysages urbains entre chien et loup, entre ciel et terre, la lumière, l'ambiance, l'atmosphère de ses images sont de l'ordre de la poésie cinématographique. Son intention est de solliciter le quotidien dans la cité urbaine en excitant les sens et l'imagination de chacun. Où se situe le réel? Dans sa banalité ou bien dans ces instants saisis dans cet espace-temps que Martine Beluet préfigure: un état entre deux. L'attente de cet instant fugace, magique, où le décor se met en place est pour l'artiste un moment de grande intensité. Le résultat est cette rencontre entre le désir et la réalité, entre ce qui est et ce qu'il advient. Entre deux états, vrai, faux, le doute fait apparaître l'étrangeté de l'insaisissable.
"La nuit, dit elle, est ce moment intense où les bruits de la ville changent, sorte de quiétude qui révèle d'autres sons de l'ordre de l'intime". Présence secrète, envers de décor, le paysage se revendique. L'artiste assiste à cette métamorphose du paysage dans cet intervalle durant lequel les ombres créées par les lumières artificielles font apparaître certains éléments, masses, murs, plans, alors que d'autres détails disparaissent. L'espace se structure, le paysage se reconstruit. Le cadre se met lentement en place comme des paravents sur une scène de théâtre. Martine Beluet organise mentalement son image. L'attente même est une sorte de jouissance de la surprise, du désir escompté. A travers ces instants fragiles Martine Beluet tente de capter ces émotions éphémères qui nous sont communes, comme une sorte de mémoire de la perception collective. Les histoires sont à inventer ou à reconstruire, l'anonymat s'individualise, les artifices proviennent du hasard. Entre cinéma et littérature, ces photographies nous suggèrent une narration par l'image furtive échappée, saisie au vol pour finalement reprendre sa liberté.

Christine Dolbeau